
Été d’Edith Wharton
Pour ce premier fantastique de la Saison 4, il fallait choisir un titre en un seul mot. J’ai décidé de jouer l’optimisme en choisissant un titre qui appelle le soleil [tu sens la fille qui n’en peux plus de la météo belge ?!] avec Été d’Edith Wharton. C’est la seconde fois que cette autrice apparaît dans ce challenge, puisque je l’avais déjà lue pour la saison 1.
Résumé
Charity Royall vit dans le petit village de North Dormer où elle a été recueillie enfant par l’avocat du coin et son épouse. Originaire de La Montagne, un lieu reculé où vit une communauté rebelle qui ne suit aucune loi, la jeune fille se sent différente du reste de la jeunesse de son village. Alors qu’elle végète dans son rôle de bibliothécaire, elle fait la rencontre de Lucius Harney, un jeune architecte venu répertorier les maisons typiques de la région. Une relation se noue entre les deux jeunes gens qui pourrait faire basculer la vie de Charity.
Ce que j’en ai pensé ?!
Vu le résumé d’Été, on pourrait presque croire à une romance historique classique… Mais ce serait méconnaître Édith Wharton. Encore une fois, l’autrice se prend à décortiquer les relations humaines et le fonctionnement des relations sociales dans cette petite société de Nouvelle Angleterre. Ici, tout le monde connait tout le monde, épie ce que font les voisins et voisines, cherche la prochaine rumeur à répandre pour sortir du train-train quotidien. Jusque-là, Charity s’est toujours tenue éloignée de ces jeux-là : elle a une place enviée, étant la protégée de l’homme le plus riche du village, elle est belle et relativement cultivée [suffisamment pour tenir la bibliothèque]. La jeune femme se sent d’ailleurs supérieure à ses congénères et sait qu’ils n’attendent qu’un faux-pas de sa part pour la trainer dans la boue.
Cela change rapidement lorsqu’elle rencontre Lucius : là, elle prend conscience d’à quel point sa vie est étriquée. Elle s’aperçoit de l’immensité de son ignorance, à la fois du monde extérieur au village et de ses conventions, mais aussi de la culture au sens large. La confrontation avec ce jeune homme, qui lui semble si supérieur à toutes celles et ceux qu’elle a pu côtoyer jusqu’à présent, lui fait remettre en question toutes ses croyances.
Dans ce roman, l’autrice nous montre les volontés d’émancipation de cette jeune fille, qui étouffe dans cette communauté puritaine. Pourtant, on sent une menace qui pèse au-dessus d’elle : celle-ci est amenée par l’allusion au sort d’une autre jeune femme, Julia, qui a dû s’exiler du village et dont le souvenir apparaît régulièrement à Charity, chaque fois qu’elle se trouve dans une situation qui la fois « sortir de son rang ». Elle sait ce qu’il lui pend au nez si elle ne reste pas « à sa place » [pour faire une petite allusion à une philosophe qu’on aime beaucoup par ici].
J’ai apprécié ma lecture d’Eté même si, très vite, j’ai vu où elle allait nous mener : certaines allusions étant parfois trop évidentes. Je peux comprendre pourquoi elle a fait scandale à son époque : elle aborde assez frontalement des sujets qui étaient plus que tabou à l’époque. Il s’agit d’une très belle histoire d’amour, mais ce n’est pas celle qu’on pourrait croire au premier abord. L’évolution des relations entre les différents protagonistes est décrite avec beaucoup de justesse et la dénonciation de l’hypocrisie de certains se fait par petites touches, à peine perceptibles pour un esprit qui ne voudrait pas les voir.
Infos pratiques


19 commentaires
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Virginie Vertigo
Je n’ai encore jamais lu Edith Wharton (shame lol)
Maghily
Tu as encore toute une vie pour ça ! 🙂
Lucile
J’ai très envie de découvrir Edith Wharton, ta chronique me fait découvrir ce roman dont je n’avais pas entendu parler.
Maghily
J’étais tombée dessus complètement par hasard.
De cette autrice, on connait souvent Ethan Frome, Le temps de l’innocence ou Chez les heureux du monde mais elle a écrit pas mal d’autres choses, finalement.
Antigone
Je lis toujours Edith Wharton avec plaisir mais je crois que ma dernière lecture date un peu. C’était “le vice de la lecture” je crois. Je ne connaissais pas Eté.
Maghily
Je ne connais pas non plus « Le vice de la lecture ». Son œuvre est large, il y a encore tant à découvrir ! 🙂
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Madame lit
Je crois que j’aimerais beaucoup lire ce récit. J’adore lorsque les relations humaines sont exploitées. Je note de lire un bouquin de cette autrice que je n’ai pas encore découverte.
Maghily
Pour l’instant, de mon côté, c’est un grand oui ! 🙂
Elle a écrit énormément : tu devrais bien en trouver un qui te parle 😉
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mesechappeeslivresques
Une autrice qu’il faudrait que je découvre et ton billet est un excellent rappel.
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Natiora
On m’avait recommandé « Été » ‘entre autres lorsque j’avais chroniqué « Les New-yorkaises », qui m’avait laissé sur ma faim. J’avoue que je ne suis pas très tentée en fin de compte, ton enthousiasme reste assez modéré.
mespagesversicolores
Je me dis que je pourrai retenter avec cette autrice que j’avais abandonnée…
admin
Si tu veux un prêt pour ne pas prendre de risque, tu sais où trouver de la matière 😉
L'ourse bibliophile
Je n’avais jamais entendu parler de ce roman (mais je n’ai lu qu’un seul roman d’Edith Wharton, je ne la connais pas très bien). Tu as l’air de bien connaître son oeuvre, que me conseillerais-tu ? (à part Le temps de l’innocence du coup).
Maghily
Pour être honnête, ce sont les deux seuls romans que j’ai lus d’elle pour le moment.
Mais c’est vrai que, pour avoir déjà lu des chroniques d’autres de ses œuvres, l’analyse des relations sociales, ça a l’air d’être son dada. 😉
Son 2e plus connu est « Chez les heureux du monde » qui a de très bonnes critiques.
L'ourse bibliophile
C’est effectivement le seul autre titre d’elle que je connais. Je retenterai probablement un jour !